Comprendre les mécanismes financiers n’est plus une compétence secondaire : c’est une condition d’autonomie et d’égalité des chances. Pourtant, de nombreux jeunes entrent dans la vie adulte sans les clés nécessaires pour envisager l’avenir sereinement.
Parler d’éducation financière, ce n’est pas simplement parler d’argent. C’est apprendre à planifier, à arbitrer, à anticiper les conséquences d’une décision. Autrement dit, des compétences qui dépassent largement le cadre financier.
Savoir gérer un budget, comprendre une fiche de paie, préparer un projet ou constituer une épargne de précaution participe directement à la construction de l’autonomie. Ces compétences influencent la capacité à prendre des décisions responsables, tout au long de la vie.
L’éducation financière aide aussi à mieux comprendre la valeur de l’argent, du travail et des engagements pris sur le long terme.
Dans une société où tout pousse à consommer vite et immédiatement, apprendre à distinguer besoin, envie et pression sociale devient essentiel.
D’un côté, les jeunes générations utilisent des outils financiers de plus en plus sophistiqués, mais de l’autre, elles ne disposent pas toujours des connaissances nécessaires pour comprendre les risques qui les accompagnent.
Les nouveaux usages numériques accentuent encore ce phénomène. En quelques secondes, un adolescent peut être exposé à des contenus vantant des investissements miracles ou des promesses d’enrichissement rapide présentées comme accessibles à toutes et tous.
Les jeunes évoluent dans un environnement où l’information financière circule massivement, mais pas toujours de manière fiable. Lorsqu’un simple geste sur un écran suffit à faire un achat ou souscrire à un abonnement, les repères et la perception de l’effort financier s’estompent.
Une banalisation qui n’est pas sans conséquences : dépenses incontrôlées, dépendance à la consommation, difficulté à épargner ou mauvaise compréhension des engagements contractuels.
L’éducation financière constitue donc une forme de prévention. Non pour transformer les jeunes en experts de la finance, mais pour leur permettre d’identifier les risques, vérifier les informations, comprendre les conséquences d’un engagement.
L’apprentissage financier dépend encore largement du milieu familial. Dans certains foyers, on parle d’épargne, d’investissement ou de budget. Dans d’autres, l’argent reste un sujet tout simplement non abordé.
Résultat : les inégalités sociales se reproduisent très tôt. Ceux qui n’ont pas accès à ces ressources grandissent souvent sans les repères nécessaires pour prendre des décisions importantes.
Laisser l’apprentissage financier dépendre uniquement du cadre familial revient à accepter que certains jeunes disposent dès le départ d’un avantage conséquent sur d’autres.
Dès l’enfance, les représentations liées à l’argent restent souvent marquées par des stéréotypes de genre. Les garçons sont davantage encouragés à prendre des risques, à entreprendre ou à s’intéresser aux questions d’investissement. Les filles sont plus fréquemment associées à la gestion du quotidien, à l’épargne de précaution ou à une forme de prudence financière.
À l’âge adulte, ces différences participent à des écarts bien connus : moindre présence des femmes parmi les investisseurs particuliers, confiance financière plus faible, sentiment de légitimité moins important lorsqu’il s’agit de parler d’argent.
À partir de la rentrée scolaire de septembre 2026, les élèves de quatrième, de SEGPA, de 3e prépa-métiers, de seconde professionnelle et de CAP bénéficieront progressivement d’enseignements liés à l’éducation économique et financière.
Le passeport EDUCFI (éducation économique, budgétaire et financière), porté par l’éducation nationale et la Banque de France, vise à transmettre des notions essentielles : gérer un budget personnel ou familial, comprendre les outils bancaires et d’assurance ou encore mieux appréhender les grands mécanismes économiques.
Consciente de ces inégalités, l’éducation nationale et la Banque de France ont mis en place le dispositif EDUCFI (cf. encadré). Former les jeunes à ces enjeux, ce n’est pas fabriquer des spécialistes de la finance. C’est leur donner les moyens d’être libres et autonomes pour chaque décision, chaque achat et chaque projet d’avenir.
Préparer les citoyens de demain, c’est aider chaque jeune à développer une relation plus apaisée à l’argent, fondée non sur la comparaison sociale ou la performance, mais sur la compréhension, l’autonomie et la capacité à faire des choix éclairés tout au long de la vie.
Sources :
(1) CSA Research – Gen Z, la génération qui compte – 2026
(2) Banque de France
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